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La décision du gouvernement belge de consentir à ce que des travailleurs
licenciés de l'usine Opel d’Anvers partent en préretraite dès l’âge de cinquante ans est grosse de violents orages financiers.
Avant que d'examiner les motifs de cette appréciation, commençons par tenter de comprendre la surprenante décision du gouvernement belge. Elle serait motivée, dit-on, par des considérations humaines, sociales et, pour tout dire, humanitaires : c’est qu'un travailleur de cinquante ans n'a pour ainsi dire aucune chance de retrouver un emploi, et la préretraite lui offre, en plus d’un complément financier, d'échapper au stigmate du chômage. Rien n’est plus faux, étant la circonstance qu’on ne compte pas, en Belgique, les secteurs en demande de travailleurs, qualifiés ou non. En réalité, le travailleur licencié par Opel n’a que peu de chance de retrouver un emploi à peu près identique dans un périmètre géographique comparable à celui d'une pièce de deux euros (contraindre un travailleur à se déplacer sur l'immense territoire belge, voilà qui serait inhumain !). Pour s’en tenir au registre moral sur lequel se situe le gouvernement, qui ne voit d’ailleurs la profonde inéquité consistant à offrir à des travailleurs qui ont la force du nombre, et de puissants syndicats pour les soutenir, ce qu'il est mathématiquement impossible d’allouer à d'autres travailleurs, moins organisés, mais souvent dans une situation plus difficile ?
Venons-en à l'aspect économique et financier. La dette publique de la Belgique rapportée à son produit intérieur brut (PIB) est largement supérieure à celle de la plupart des membres de l’Union européenne qui, de la Grande-Bretagne à la France, en passant par l’Allemagne et les fameux « PIGS » méditerranéens, adoptent actuellement des plans de réduction drastique de leurs dépenses, notamment dans le domaine des retraites.
Pourtant, la Belgique se paie le caprice sublime du mouvement contraire, en obérant davantage encore ses finances (un travailleur qui prend sa retraire à cinquante ans vivra pendant les trente prochaines années aux frais de la Princesse contributive). Encore les voisins de la Belgique peuvent-ils, dans une mesure limitée, recourir à l'arme fiscale pour assainir leurs finances ; ce que ce petit État, qui taxe déjà le travail et la consommation de manière punitive, ne pourra se permettre. S'il est donc bien un gouvernement qui devrait s’abstenir, à tout le moins, de dépenser plus, c’est celui de la Belgique !
Constatons encore que le gouvernement belge est actuellement démissionnaire, donc en affaires courantes, sa compétence se limitant, dès lors, à l'intendance. Il est constitutionnellement aberrant qu'un tel gouvernement s'autorise une décision qui engage aussi lourdement, sur le double plan matériel et symbolique, l’avenir de la collectivité.
Soulignons enfin que cette décision livre aux vilains marchés financiers une pleine cargaison de ces verges dont ils ne demandent qu'à battre la Belgique : un État qui se permet, dans le contexte d’instabilité politique (belge) et financière (mondiale) que nous connaissons, une décision aussi manifestement démagogique et irresponsable, a visiblement perdu le sens des réalités.
C’est pourquoi nous soutenons qu'en plus d'être moralement inepte, cette décision est grosse de violents orages financiers.
Source : Drieu Godefridi, lemonde.fr : link
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