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Les régimes de retraite, particulièrement ceux qui garantissent le niveau des
prestations à leurs membres, se dirigent vers un mur.
C'est le point de vue livré par Marie-Josée Loiselle, présidente de la firme Nuno ID, qui aide les entreprises à s'adapter aux changements dans les cycles économiques.
Dans une lettre récente, elle prenait l'exemple des États-Unis où les déficits des régimes de pension du privé augmentaient en juin. Le ratio de financement reculait de 6 points à 74%.
D'autres chiffres déjà publiés sont aussi inquiétants. Selon la firme Mercer, les entreprises cotées au S&P1500 avaient un déficit de 451 G$ US au sein de leurs régimes en juin. À cela s'ajoute la situation de Social Security, le régime public, qui verse pour la première année des bénéfices plus élevés que les cotisations.
Si les chiffres sont américains, les mêmes enjeux se posent au Canada. Le régime des enseignants ontariens Teachers ne compte plus que sur 1,6 cotisant pour chaque retraité. Celui des employés municipaux Omers fait des versements plus importants que les cotisations.
Une tempête parfaite
Les régimes vivent ce qu'on appelle une «tempête parfaite», dit Marie-Josée Loiselle, car la situation économique ne les aide pas et la démographie fait grandir le poids des retraités dans la société.
Dans ce contexte, indique Mme Loiselle, le modèle d'affaires des régimes est irréaliste. «Ça fait longtemps que les gens assument 8% de rendement. C'est problématique. Prenons l'exemple des États américains. Ça prend les revenus de l'État pour nourrir cela. Ça prend des gens qui travaillent et paient des impôts. Ça prend des entreprises qui investissent et paient aussi des impôts.»
De plus, les attentes sur l'immobilier sont elles aussi irréalistes et les marchés sont au mieux stagnants. «Les régimes de retraite sont basés sur des prix immobiliers et un marché boursier qui montent toujours, explique cette économiste de formation. Les prix des maisons sont encore soutenus par les gouvernements. Si je veux acheter une maison, je vais attendre pour voir les prix baisser. C'est impossible.»
Selon l'analyse de la présidente de Nuno ID, une récession normale causée par un surplus de stocks ne serait pas si mauvaise. Le problème, c'est que nous avons vécu une récession causée par un bilan financier collectif malsain.
«Nous sommes massivement endettés et la capacité de payer n'est pas là, souligne Mme Loiselle. La Grèce, par exemple, c'est 11 millions de personnes, pas de base industrielle, de l'huile d'olives et du tourisme avec 350 milliards de dettes. Plus on continue à essayer de financer la dette, plus on continue de s'endetter et le problème n'est pas réglé.»
Un nettoyage
Quoi faire ? Marie-Josée Loiselle souhaite un grand nettoyage. «Tant que ce ne sera pas fait, on ne peut pas mettre la table pour les prochains investissements. Les entreprises sont incertaines en raison des déficits. Elles savent qu'elles seront taxées. Ça crée beaucoup d'incertitudes.»
Car pour financer les régimes de retraite dans les conditions actuelles, les gouvernements devront trouver de l'argent et diminuer les bénéfices. «La menace de faillite pèse sur les États, prédit Mme Loiselle. Le pourcentage des revenus autonomes de l'État qui devrait être utilisé pour payer les pensions atteindrait jusqu'à 50% à certains endroits. Quand les citoyens vont voir ça, ils vont sortir dans les rues.»
Si les deux solutions proposées semblent logiques, l'économiste estime que les gouvernements n'ont peut-être pas le courage de les mettre en oeuvre. «Si l'on regarde l'histoire, la façon des gouvernements de se sortir de ces situations est d'imprimer de l'argent. C'est ce que l'on a fait lors de la république de Weimar en Allemagne dans les années 1920. Ça a donné de l'hyperinflation.»
Source : Michel Munger, canoe.ca : link
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