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Les aspirants à la retraite ont de beaux jours devant eux. Lundi 25 janvier,
dans l'émission « Paroles de Français », sur TF1, le chef de l'Etat, Nicolas Sarkozy, a promis que sa réforme des retraites ne ferait pas baisser le niveau des pensions.
« Encore heureux », ont dû commenter, in petto, des millions de Français, sincèrement convaincus que le train de vie des seniors se dégrade. Or, contrairement à une idée
répandue, les inactifs de plus de soixante ans ne sont, dans leur ensemble, pas plus à plaindre que la moyenne des Français. A y regarder de près, ils vivraient même un peu
mieux…
Publié jeudi 28 janvier, le dernier rapport du Conseil d'orientation des retraites situe la retraite globale moyenne brute (CSG non déduite) légèrement au-dessous du salaire net moyen : 1.288 euros par mois pour l'une, 1.416 euros par mois pour l'autre. Mais ce sont surtout les femmes, pénalisées par des carrières incomplètes, qui font chuter la moyenne des retraités. A partir des revenus fiscaux et sociaux de 2007, l'Insee évalue à 21.540 euros le revenu annuel des retraités, à 22.470 euros celui des actifs de 18 ans et plus. L'écart n'est pas considérable. Surtout, si l'on prend en compte le patrimoine, le niveau de vie global des retraités dans leur ensemble dépasse un peu celui des actifs.
Ceci s'explique principalement par le fait que, arrivés à soixante ans, les Français sont plus souvent propriétaires de leur logement et ont généralement fini de le rembourser. La valeur locative du logement contribue à égaliser les niveaux de vie. Bien sûr, c'est le résultat d'un effort d'épargne méritoire accompli au cours de la vie active. Mais le fait est que, aujourd'hui encore, la population des retraités vit aussi bien, voire un peu mieux, que celle des actifs, dont elle ne partage pas toutes les charges.
Elle est aussi deux fois moins touchée par la pauvreté que les jeunes générations. Tandis que 20 % des 18-24 ans vivent sous le seuil de pauvreté (60 % du revenu médian), ce n'est le cas que de 10 % des plus de 65 ans (13 % en moyenne dans l'OCDE). Même s'il n'a pas éradiqué les toutes petites pensions (agricoles notamment), le système de retraites a fait nettement reculer la précarité des seniors. En 1970, plus d'un retraité sur trois était considéré comme pauvre. Et les réformes menées depuis 1993 n'ont pas entamé le niveau de vie relatif des seniors. Car, même si la pension représente de moins en moins en proportion du salaire, elle est aussi assise sur des carrières plus longues, mieux rémunérées. Les nouveaux retraités ont des pensions plus élevées que ceux qui précèdent. Par ailleurs, entre 2007 et 2012, le minimum vieillesse aura été revalorisé comme jamais, de 25 %.
Selon l'OCDE, en 2009, la situation des retraités, comparée à celle des actifs, ne paraît plus enviable que dans quatre pays : Mexique, Autriche, Luxembourg, Pologne. La France traite bien ses seniors. Et ce n'est pas la crise économique qui aura inversé la tendance car les revenus de transfert ont été sanctuarisés, à la différence de ceux issus du travail.
Pour l'avenir cependant, le Conseil d'orientation des retraites table, non pas sur une érosion des pensions - celles-ci étant indexées sur les prix -, mais sur un écart croissant avec les revenus d'activité. En 2050, la retraite moyenne nette pourrait être inférieure de près de 25 % au revenu net moyen d'activité, dans l'hypothèse où les prix progresseraient d'ici là de 1,1 % et les salaires bruts de 1,8 % l'an. Il est probable que l'écart de niveau de vie soit aussi amené à s'accroître sous l'effet d'une moindre accumulation de capital : la génération de 40 ans aujourd'hui dispose de moins de patrimoine que la génération précédente au même âge.
A long terme, les aînés vont être amenés à vivre moins bien que les plus jeunes mais, si attristante soit-elle, cette évolution « naturelle » risque fort de ne pas suffire à alléger la facture exorbitante de la retraite. La France consacre déjà près de 13 % de son PIB à financer ses dépenses publiques de retraite. Seules l'Autriche et l'Italie y consacrent plus d'argent. Et, si la tendance se prolonge, nous serons à 15 % du PIB dans quarante ans. C'est assez logique dans la mesure où le rapport entre le nombre de cotisants et celui des pensionnés tend lentement mais sûrement vers 1, alors qu'il était de 3 voici trente ans.
Mais cela rend insoutenable pour l'économie l'objectif assigné au système de retraites, qui est de maintenir une quasi-parité de niveau de vie entre actifs et retraités. C'est d'autant moins soutenable que la France est, à égalité avec la Hongrie, le pays de l'OCDE dans lequel le système public assure, de loin, la plus grosse part (85,5 %) du revenu disponible des personnes âgées de plus de 65 ans. Autrement dit, celui où ce revenu est le plus financé par prélèvements obligatoires. Ainsi, l'un des grands dilemmes de la réforme de 2010 sera-t-il de faire un choix collectif entre le soutien à la compétitivité de l'économie, qui impose, a minima, de geler la part du prélèvement vieillesse, et la solidarité nationale envers les troisième et quatrième âges, qui conduirait à l'augmenter.
Une autre manière de l'illustrer consiste à se demander si, dans un contexte de forte contrainte
budgétaire et démographique, mieux vaut réduire la pauvreté dans une population âgée inactive ou dans une jeunesse active. Choyer la veuve de Carpentras ou aider l'apprenti de Montbéliard, il
faut choisir. La liberté, désormais totale, de cumuler emploi et retraite ouvre une voie de compromis intéressante car elle permet aux seniors de continuer à créer de la richesse. Une autre est
d'accepter, à contrecoeur, que les Français retraités vivent moins bien de leur pension. A défaut, ce sont les Français actifs qui risquent de vivre un peu moins bien de leur travail.
Source : Jean Francis Pécresse, Les Echos
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