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Jeudi 4 mars 2010 4 04 /03 /Mars /2010 17:34

lepoint-fr-Injustice. Qu'elles travaillent ou pas, les femmes restent les oubliées de la retraite.

Les femmes ont tous les torts : elles font des enfants, elles arrêtent de travailler pour les élever pendant un ou deux ans, voire beaucoup plus longtemps ; elles renoncent à faire carrière, tiraillées entre le travail, les tâches ménagères et l'éducation de leurs marmots ; elles vivent plus longtemps que les hommes : en moyenne cinq années de plus... Du coup, pour ce qui est des retraites, elles sont perdantes sur toute la ligne.

La situation la plus emblématique concerne les femmes au foyer qui élèvent leurs enfants. La société n'a aucune reconnaissance pour le fait qu'ayant souvent pris la décision de faire un nombre d'enfants supérieur à la moyenne elles contribuent au renouvellement des générations, et donc à accroître le nombre des actifs qui paieront les pensions des retraités de demain. La société ignore tout autant les économies réalisées pour les crèches et les structures d'accueil qu'il n'est pas besoin de construire...

Malgré cela, leurs droits en matière de retraite sont inexistants. Si elles sont mariées, elles percevront la pension de réversion de leur époux si celui-ci décède. Une pension réduite de moitié au mieux. Mais en réalité nettement moindre. La pension de réversion du régime de base est en effet versée sous condition de ressources. Elle est égale à 54% de la retraite du conjoint décédé. Mais attention, si les revenus de la veuve excèdent 1534 euros, elle ne touchera rien. S'ils sont inférieurs, le montant de la réversion et de ses revenus ne pourra excéder le plafond de 1 534 euros.

Pour beaucoup d'entre elles, seule la pension de l'époux défunt au titre des régimes complémentaires (Arrco-Agirc) leur sera versée. Et encore, à hauteur de 60 % seulement.

A tout prendre, mieux vaut épouser un fonctionnaire. Dans ce cas, quelle que soit sa situation financière, la veuve perçoit la moitié de la pension du défunt. Bel exemple de disparités.

D'un point de vue purement pécuniaire, les femmes mariées ou non à des fonctionnaires ont tout intérêt à garder leur mari vivant. Si le couple vient à divorcer, la femme n'aura droit à rien du vivant de l'époux. Au décès de celui-ci, dans le cas où il se serait remarié, elle n'aura droit sur la pension de réversion qu'à un pourcentage déterminé au prorata du nombre de leurs années de mariage. On comprend pourquoi de nombreuses mères au foyer ont élevé leurs filles en les incitant à travailler.

A supposer que la situation des femmes au travail soit enviable ! Ayant cotisé moins longtemps - certaines mères s'arrêtent de travailler quelques années pour élever leurs enfants en bas âge - et percevant des salaires moins élevés - même à fonctions identiques -, leurs droits à la retraite sont moindres. Gagnant moins, leur pension est calculée sur un salaire de référence moindre. Faute d'avoir le nombre de trimestres requis pour bénéficier d'une pension à taux plein, le montant de leur retraite ainsi calculé est amputé. Et ce doublement. Tout d'abord, elles ne perçoivent qu'un pourcentage de la pension à taux plein et, sur ce montant, si elles cessent de travailler avant 65 ans, elles se voient appliquer une décote. En pratique, une femme qui aura cotisé 20 ans n'aura droit qu'à 25 % de la Sécu.

Aumônes. Pour remédier à cette situation, l'Etat a pris deux décisions. Depuis 1945, il accorde une majoration de pension de 10 % au retraité (père ou mère) qui a élevé au moins trois enfants. Il valide ensuite à la mère deux années supplémentaires par enfant. Une mesure qui vient d'être corrigée à la marge. Depuis la décision de la Cour de cassation, et surtout le vote de la loi du 26 novembre 2009, s'agissant des enfants nés après le 1er janvier 2010, les mères ont automatiquement un an. L'autre année peut être attribuée au père ou partagée entre les deux parents sur décision de ces derniers dans les six mois qui suivent le quatrième anniversaire de l'enfant ou, en cas de désaccord, lorsque le père démontre qu'il a assumé l'éducation de l'enfant. Des aumônes !

Mais ce n'est pas tout, les femmes vont devoir vivre avec des retraites peau de chagrin durant longtemps. Plus longtemps que les hommes. A 60 ans, une femme a une espérance de vie de 27 ans. Elle a également un risque de dépendance plus élevé, avec ce que cela signifie en frais supplémentaires. Mais où est passée la veuve joyeuse ?

Source : Le Point

Publié dans : En France
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