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Au lendemain des régionales, le chef de l'État veut avancer sur ce dossier sensible.
Le résultat des élections régionales ne devrait avoir que très peu d'impact sur cette stratégie. L'Élysée souligne à l'envi que «la majorité ne peut pas être davantage sanctionnée qu'en 2004, où elle n'a pu conserver que deux régions». Fort de ce diagnostic, Nicolas Sarkozy a déjà fait savoir qu'il assumerait les résultats des élections, mais qu'il devrait néanmoins maintenir dans ses équilibres actuels l'équipe gouvernementale, François Fillon en tête.
En revanche, il peut remercier Martine Aubry. En se déclarant, dans un premier temps, favorable à un report de l'âge légal de la retraite à 62 ans, la première secrétaire du PS a ouvert le débat beaucoup plus tôt que prévu, et elle a crédibilisé la position gouvernementale. Sondages à l'appui, l'Élysée est désormais convaincu que les Français sont mûrs.
Nicolas Sarkozy veut avancer vite sur ce dossier. Pas question de laisser les syndicats descendre dans la rue en octobre pour protester contre un projet de réforme encore en pointillé. Chacun se souvient que les grèves de novembre 1995 contre la réforme des retraites restent le pire souvenir de la droite depuis quinze ans. Sarkozy souhaite donc arbitrer sur cette réforme des retraites dès le mois de juin. Et faire voter une loi «dans le courant du mois de juillet» confirment plusieurs sources. Il s'orienterait alors vers une solution mixte, qui combinerait l'allongement de la durée de cotisation et le report de l'âge légal de retraite. Symboliquement, le changement de l'âge légal de la retraite aurait un impact décuplé, et il semblerait qu'à l'Élysée même Raymond Soubie, le grand horloger des relations sociales qui conseille le président, se soit convaincu que le moment est venu de passer à l'acte. De source élyséenne, une session extraordinaire du Parlement en juillet paraît déjà «acquise» compte tenu du plan de charge des deux Assemblées.
Bien sûr, le gouvernement s'attend à une confrontation rude avec les partenaires sociaux. Pour le moment, les eaux syndicales sont à peine ridées par quelques vaguelettes. Mais il faut se méfier «du calme avant la tempête», prévient un ministre inquiet des mobilisations du mois de mai. Selon un proche de Nicolas Sarkozy, ces manifestations présenteront au moins l'avantage de crédibiliser la réforme auprès de son électorat. «Plus il y aura de défilés, plus les Français lui porteront crédit d'avoir eu le courage de trancher sur ce sujet», sourit l'un de ses amis. Un autre conseiller pointe même que «personne ne s'est aperçu de la réforme des universités parce qu'il n'y a pas eu de grèves à l'époque». Outre les mobilisations du printemps, l'Élysée s'attend aussi à un automne très volatil. «Il y aura des tensions sur les salaires dès que la reprise se fera sentir», admet un conseiller, qui prévoit une rentrée syndicale forcément musclée. C'est le moment que Sarkozy choisira pour aborder d'autres réformes prévues en 2010, et notamment celle l'instruction judiciaire ou du cinquième risque de la Sécurité sociale.
Mais il entend aussi profiter de cette fin d'année 2010 pour revenir en force sur la scène
internationale. «Il présidera le G20 dès le mois de novembre 2010, et jusqu'à l'été 2011», fait remarquer son entourage. Le président veut alors rejouer la partition qui lui avait si bien
réussi pendant la présidence de l'Union européenne, fin 2008. Les élections régionales, espère-t-il, seront alors loin.
Source : Charles Jaigu, Le Figaro