Présentation

Recherche Google

Loading

Recommander

Recherche

Syndication

  • Flux RSS des articles
Lundi 7 juin 2010 1 07 /06 /Juin /2010 14:47

Le tempsComment faire face au vide qui suit la vie professionnelle? En Suisse, près de 10% des seniors suivent des cours où on apprend à organiser son temps, en fonction de ses rêves et désirs.Après avoir fêté son dernier jour de travail, l’auguste Serge Pilardosse traîne sa longue chevelure au rayon boucherie d’un supermarché. Dieu qu’il s’ennuie, ce «Mammuth» incarné au cinéma par Gérard Depardieu dans le dernier film de Benoît Delépine et Gustave Kervern. Ancien ouvrier, sa vie de labeur se termine et face au vide des jours commence l’ennui… Si ce colosse de Pilardosse avait suivi des cours de formation à la retraite, il n’aurait certainement pas été aussi démuni face à sa nouvelle liberté.

 

Les seniors suisses, eux, sont de plus en plus prévoyants. Aujour­d’hui, ils sont 10% à préparer l’arrêt définitif de leur activité. Depuis longtemps, des séminaires leur sont proposés gratuitement par les banques et les assurances afin de les informer sur les ressorts de l’AVS et les secrets des fonds de pension. Mais si ces rendez-vous sont utiles pour faire le point sur son porte-monnaie, ils ne suffisent pas à anticiper le choc des matinées sans réveil et des heures qui rallongent.

 

Désormais, d’autres organismes spécialisés ont donc investi le marché en proposant des rencontres davantage basées sur la psychologie et l’épanouissement personnel. Cité Seniors, Force Nouvelle ou encore la fondation Pro Senectute organisent en Suisse romande des sessions régulières et toujours plébiscitées.

 

Ce vendredi 30 mai, seize employés de la Ville de Morges se retrouvent dans un cours proposé par AvantAge, organisme membre de Pro Senectute qui fournit ses services à nombre d’établissements (dont l’EPFL et le CHUV). Dans la salle lumineuse du Novotel qui les accueille, ces étudiants en cheveux blancs écoutent attentivement leur animateur, Guy Bovey.

 

Comme à l’école, le directeur d’AvantAge écrit au tableau et distribue des documents. Le sujet est sensible mais l’ambiance est bon enfant, cela fait trois jours déjà que ces collègues discutent de leurs angoisses post-professionnelles. Visiblement, tous regorgent d’idées pour occuper leurs journées de quille: certains veulent «réaliser un rêve», d’autres apprendront la peinture sur soie, les derniers aideront leur famille. «Avec tout ce que j’ai envie de faire, il me faudra des journées de 48 heures!» s’exclame Jean-Louis, à l’avance débordé par son futur emploi du temps… Parmi les rires, Martine renchérit: «J’aimerais arrêter de travailler tout de suite, pour profiter de la vie!» La retraite serait-elle le paradis des seniors?

 

«Selon mes chiffres, plus de 10% des retraités souffrent de dépression après la fin définitive de leur activité, répond Guy Bovey. La retraite est une rupture symbolique, car on change de catégorie sociale. A ce moment-là, il faut faire le deuil de sa vie active et d’une certaine forme de jeunesse. C’est pourquoi nous recommandons d’y penser environ deux années avant la date fatidique.»

 

En vrai pape de la retraite stratégique, Guy Bovey divise ses interventions en plusieurs sessions. La préparation financière y est abordée (en moyenne, un retraité voit ses revenus diminuer de 40%), mais aussi les questions de santé, d’alimentation et d’organisation. Petit à petit, les participants lâchent leurs angoisses, comme Elisabeth Roulin, bibliothécaire à Morges. «Aujourd’hui, mon quotidien est dicté par le travail. Mais, dans quelques mois, tout s’arrêtera. C’est comme un saut dans le vide. Il faudra me prendre en main et, pour une fois, décider de moi-même ce que je vais faire de cette liberté.»

 

Alors que l’espérance de vie ne cesse de grimper, la retraite perd son sens étymologique. A 65 ans, les Suisses ne se «retirent» plus dans la fin de vie ou l’isolement. Encore dynamiques, ils invitent des amis, changent de partenaire, partent en voyage, commencent le piano. Comme dit le slogan d’AvantAge, ils ont «20 ans de vie à inventer.» «J’ai beaucoup de projets mais je ne pourrai pas tous les réaliser, explique l’un des participants, Dominique Bouillet. Il faudra choisir en me demandant: «Qu’est-ce que j’ai vraiment envie de faire avant de mourir?»

 

Dans le groupe, ce joyeux barbu est l’un des seuls hommes à aborder librement les difficultés auxquelles il devra faire face. Les maris sont les plus sensibles à la fin du travail. «Dans sa vie, une femme a connu beaucoup de ruptures, note Guy Bovey. Elle a eu un enfant, arrêté de travailler, repris son emploi à temps partiel… Etre à la maison en permanence ne la surprendra pas trop.» Comment les hommes peuvent-ils éviter la déprime? Simplement, en limitant les grasses matinées… Il faut lutter contre la flemme, ranger la maison, appeler ses amis, rencontrer les voisins, surfer sur Internet, faire du sport. Pas question de passer l’après-midi devant la télévision! Pour continuer à se sentir utile, la plupart des participants souhaitent également s’investir dans une association caritative – aider les autres est un motif de fierté.

 

Autre sujet longuement abordé: la vie de couple. Hommes et femmes, tous craignent de voir leur indépendance réduite par la présence intempestive de leur compagnon. «Voir l’autre 24 heures sur 24, c’est un sacré changement», avoue doucement André. Heureusement, Guy Bovey a encore la solution. «Si vous partagez des activités ensemble, c’est bien. Mais si vous n’en partagez aucune, je dirais que c’est tant mieux… Cela ne sert à rien de tout faire à deux!»

 

Juste avant que ne sonne l’heure de la retraite, le directeur des ressources humaines de la Ville de Morges intervient. C’est lui, François Delaquis, qui s’est mobilisé pour offrir cette formation à ses employés. «Notre but est aussi de leur présenter la préretraite. Ceux qui sont intéressés pourront alors laisser la place aux jeunes», affirme-t-il.

«L’idéal est de baisser progressivement le temps de travail sur plusieurs années, pour faciliter la transition, ajoute Guy Bovey. Le vrai problème, c’est la retraite couperet.» Pour éviter d’affronter le cauchemar de l’inactivité, de plus en plus de seniors ont ainsi une solution simple: continuer à travailler…

 

Source : Marie Maurisse, letemps.ch : link

Publié dans : En Suisse
Laisser un commentaire - Voir les 1 commentaires
Retour à l'accueil

Merci, amis visteurs !

Il y a actuellement   7  personne(s) qui visitent ce site 

Traduction - Translation

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés