La Revue de Presse des Retraites
Trois Suisses sur quatre rejettent la réforme du
deuxième pilier. Un non d’une rare ampleur.
Ce 7 mars 2010 restera dans les tabelles de la politique fédérale. Trois Suisses sur quatre ont refusé la baisse du taux de conversion à 6,4% de la LPP. Soit 72,7% de non contre 27,3% de oui (Genève: 79,6%). Il y a quelques jours encore, dans les services du conseiller fédéral Didier Burkhalter, on espérait un 35% de oui…
Car le revers était prévisible, mais pas de cette ampleur. Conseil fédéral et partis de droite essuient une défaite sans précédent. La victoire du PS, des Verts, des syndicats et du Parti du travail, qui a lancé le référendum, est exceptionnelle.
Une réponse cinglante à une question somme toute assez basique: la population allait-elle accepter de renoncer à une partie de sa rente vieillesse? Et cela dans le contexte plutôt morose que traverse la Suisse. Affaire UBS, attaques contre le secret bancaire, crise libyenne… Les Suisses ont-ils voulu sanctionner le Conseil fédéral? «On peut le dire mais pas vraiment l’affirmer!» tente Didier Burkhalter lorsque surgit la question hier en conférence de presse.
Hormis cette pirouette, c’est en chef des affaires sociales constructif et lucide que Didier Burkhalter s’est présenté face aux médias. «Plusieurs non se sont additionnés ce week-end», à savoir le manque de transparence dans la gestion des caisses, un timing pas optimal (une première révision est en cours (à l’horizon 2014) qui abaisse le taux de conversation de 7% à 6,8%), plus une défiance générale qui ont forgé «ce manque de confiance», selon ses propres termes.
Constructif? Didier Burkhalter exige un dialogue des partenaires (sociaux, économiques et syndicats) de la prévoyance professionnelle pour trouver des «solutions d’avenir». Davantage de certitudes et moins d’hypothèses, a-t-il souligné, faisant allusion à la guerre des chiffres qui a caractérisé cette campagne. D’ailleurs, un rapport sur le deuxième pilier sera sur la table du Conseil fédéral l’an prochain. Mais les réformes structurelles en cours d’examen devant le parlement durant la présente session (amélioration de la surveillance et de la transparence) permettront déjà, selon Didier Burkhalter, de répondre à certaines critiques.
En attendant ces solutions, vainqueurs et perdants de la votation ont croisé le fer hier avec la même hostilité que durant la campagne. A droite, UDC, PLR et PDC ont appelé la gauche à assumer ses responsabilités. Quels scénarios ainsi pour ce deuxième pilier?
Travail.Suisse demande, lui, que les assureurs quittent le champ des assurances sociales. Au PS, on est moins immédiat: «C’est un objectif à moyen terme, glisse le président Christian Levrat. Mais les assureurs privés (20% du capital LPP, mais 43% des assurés) doivent séparer leurs activités et limiter leurs frais administratifs. Interdire aux caisses d’investir dans les fonds spéculatifs serait une garantie à plus de prudence. Les assurés ont dit aujourd’hui qu’ils en avaient assez de payer pour l’économie.»
Hausse des cotisations?
Quant au trou de 600 millions par année, avancé par les tenants du oui… le PS demande à voir. Une augmentation des cotisations (de manière paritaire employeur – employé) pourrait être envisagée pour compenser «ce trou s’il venait à être constaté. Ce dont nos opposants ont été incapables de faire la preuve», assène Christian Levrat, qui imagine aussi d’autres sources de revenus pour financer la prévoyance professionnelle. «Comme une imposition des dividendes. Les assurés n’ont pas forcément à passer à la caisse.»
A droite, on est sceptique. Aussi Guy Parmelin, très actif durant la campagne, additionne les soucis: «Assurance invalidité, assurance chômage, AVS… Ces
prochaines années, nous avons des milliards à trouver pour simplement maintenir le niveau de prestations actuel.» L’UDC vaudois place beaucoup d’espoir dans la méthode de concertation de Didier
Burkhalter. «Les reformes en cours au parlement vont apporter quelques améliorations, notamment dans la surveillance grâce à la création de la haute autorité. Mais c’est d’une vision globale de
tout le système social dont nous avons besoin!» affirme Guy Parmelin.
Source :
STEEVE
IUNCKER-GOMEZ, http://www.tdg.ch/actu/suisse/baisse-retraites-berezina-conseil-federal-2010-03-07